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Portrait
Simon de Bergh - STU 2016 - Agence d’urbanisme de Marseille

Simon de Bergh - STU 2016 - Agence d’urbanisme de Marseille

Publié le | Portraits d'anciens
Portrait réalisé par Marion Bigay

Avant d’entrer au master STU, tu suis le collège universitaire de SciencesPo. Comment s’effectue ton choix de master ?

Mon choix de master a été relativement simple car je savais dès le début ce que je voulais faire. En effet, lorsque j’entre au collège universitaire, je suis déjà intéressé par l’urbanisme. C’est d’ailleurs en partie pour cette raison que j’ai choisi de suivre une licence de géographie à la Sorbonne en parallèle du collège U.

En 3A, tu pars en Colombie pour suivre des cours en gestion et développement urbain, une manière de confirmer tes choix d’orientations ?

Effectivement, la 3A a été un bon moyen d’avancer dans mes choix d’orientation. En effet, le programme que j’ai suivi à l’université de Bogotá était assez semblable à celui proposé en STU, même si les problématiques des villes colombiennes m’ont orienté vers des problématiques assez différentes de celles des terrains français (développement communautaire, informalité, méga-projets, « urbanisme social »…).

En plus de confirmer mon intérêt pour l’urbanisme, cette année m’a aussi permis d’élargir mon horizon. A la rentrée, j’ai assez naturellement intégré STU.

Pour ton stage de fin d’études, tu souhaitais partir au Pérou

Oui, je devais partir en stage à Lima dans une régie publique de gestion des eaux mais j’ai dû annuler peu de temps avant le départ à cause d’un problème de visa. Du coup, je me suis remis à chercher un stage assez tard dans l’année, ce qui n’était pas vraiment évident. J’ai finalement rejoint une sous-préfecture d’un territoire rural, dans les Hautes-Pyrénées.

D’une part j’ai découvert un environnement dans lequel je n’aurais jamais cherché spontanément un stage ou un emploi. D’autre part, comme j’étais dans une structure assez petite, on m’a confié plus de responsabilités que ce que j’aurais pu espérer ailleurs.

La mission consistait à impulser, avec une collectivité locale, une stratégie de relance économique. Quels leviers actionner pour faire repartir une ville moyenne en déclin (Lourdes), dont la spécificité historique (l’économie des pèlerinages) l’a isolée des territoires de montagne qui l’environnent, comme du bassin industriel de Tarbes ? Après un rapide diagnostic, il a fallu constituer un comité d’expert en lien avec les acteurs du territoire, identifier des leviers à mobiliser, élaborer des plans d’action à court/moyen/ long terme. Ce n’était pas évident mais très stimulant.

On ne le dit pas forcément assez en STU, mais il y a vraiment de beaux sujets de travail dans les territoires ruraux.

Une fois diplômé, tu continues à t’intéresser aux villes en déclin avec une mission de quatre mois en Guinée

Je n’ai pas vraiment cherché à approfondir sur ce thème. En fait, c’est un ancien professeur de STU qui m’a proposé de réaliser avec lui une mission d’études à Fria, en Guinée. J’ai décidé de saisir l’opportunité et j’ai de fait travaillé sur une ville en déclin. Mais la situation n’avait rien de comparable avec le stage dans les Pyrénées.

En Guinée, comme dans un certain nombre de pays d’Afrique, des villes entières ont parfois été créées de toutes pièces pour répondre aux besoins de l’industrie extractive, souvent minière. A Fria, l’usine en question, qui a fait fonctionner la ville pendant 40 ans (50 000 habitants désormais), a brutalement fermé il y a deux ans et demi. Les cadres dirigeants ont littéralement abandonné la ville – l’exploitation de la bauxite n’étant plus rentable – cessant brutalement d’offrir du travail. En gros, du jour au lendemain, les dirigeants abandonnent le site. Ils partent en laissant tout derrière eux. Ça a évidemment eu des conséquences désastreuses pour la ville puisque toute son économie, mais aussi tout son fonctionnement dépendait de l’usine. Les services publics étaient gérés par l’usine. Les écoles, la voirie, l’éclairage, tout fonctionnait grâce à des subventions, de la sous-traitance, voire même encore en régie directe.

Dans ce genre de cas, il y a généralement un procès contre les dirigeants, l’entreprise, qui ont abandonné le site, or la justice a besoin d’éléments tangibles. Les actions intentées sont très politiques et aboutissent rarement, en raison du déséquilibre du rapport de force. La mission du centre de recherche pour lequel j’ai travaillé était donc d’objectiver l’impact de l’abandon sur le fonctionnement global et sur chaque service de la ville. C’était vraiment intéressant ! L’objectif final étant de renforcer les compétences d’ONG locales sur les questions minières, afin qu’elles-mêmes produisent des argumentaires faisant valoir la cause des friakas auprès du gouvernement.

En rentrant, tu cherches du travail et tu atterris à l’agence d’urbanisme de Marseille

Ce n’est pas aussi automatique, mais c’est ça. En novembre-décembre, j’ai commencé à chercher un emploi en agence d’urbanisme.

Il y a une cinquantaine d’agences d’urbanisme en France ; elles sont de 2 types : la majorité d’entre elles sont petites (elles emploient souvent quinze à vingt personnes), mais il y a aussi dix- douze « grosses » agences (entre cinquante et quatre-vingt-cinq personnes). Leur fonctionnement est donc nettement différent et leur gestion du personnel aussi.

Les petites agences choisissent leurs missions, parmi celles qui peuvent être dévolues à une agence d’urbanisme, en fonction des besoins du territoire et de leurs capacités. C’est par exemple le cas de l’agence d’urbanisme de Rouen que les M1 de STU ont rencontré cette année. Un profil type STU, assez généraliste, n’est pas le plus susceptible de les intéresser. Comme elles ont peu de personnel, elles recrutent plutôt des urbanistes, des économistes, des spécialistes de l’habitat « multi casquettes », capables d’intervenir dans plusieurs domaines.

En revanche les agences plus grosses ont des missions plus larges, emploient plus de personnel, peuvent faire la maîtrise d’œuvre de démarches d’ampleur (PLUi notamment), et sont plus susceptibles d’être intéressées par des profils généralistes. A Marseille par exemple, nous sommes deux à dépendre directement de la direction et à mener des études plus transversales. D’une manière générale, les agences sont étroitement liées aux collectivités membres de leur Conseil d’Administration (ce sont des associations !), l’intensité du lien dépendant souvent de la quote-part du budget abondé par chaque partenaire (ex : municipalité, intercommunalité, État et agences régionales, département, chambres consulaires, université…). Elles interviennent généralement dans tous les domaines possibles (habitat, économie, politique de la ville, aménagement, projet urbain, mobilités, environnement…), font un peu de tout, en fonction de ce qui est attendu par les partenaires, et de ce que l’agence juge important. Il peut s’agir de travaux internes au territoire mais aussi à plus grande échelles par exemple sur les relations avec les voisins immédiats ou la coopération internationale. Le risque, auquel il faut faire attention, c’est que ces agences ne deviennent pas un service bis de la collectivité territoriale. Nous restons des partenaires, certes proches, mais avec une indépendance dans nos productions, cadrées par une convention à l’année.

Du coup quelles sont concrètement les missions de l’agence d’urbanisme ? Que fais-tu au quotidien ?

Si l’agence remplit une très grande variété de missions, il y en a 3 qui constituent le gros de mon travail.

La première mission est de faciliter la transversalité quand les autres n’ont plus les moyens (ou le temps) de le faire. En général, la communication à l’intérieur d’une agence d’urbanisme est bien plus rapide qu’entre les services d’une même collectivité, avec lesquels elle travaille. Donc une partie du travail consiste à se tenir informer de ce qu’il se passe sur le territoire et de réutiliser ce que l’on a appris, de manière transversale, dans tous nos travaux.. Par exemple, transport et environnement sont deux thématiques ne pouvant être traitées en silo. Pourtant, dans une collectivité x, la personne en charge du transport et celle en charge de l’environnement ne se parlent pas forcément.  Au sein de l’agence, les personnes en charge de ces 2 mêmes domaines peuvent, elles, plus facilement échanger. C’est bien plus facile à 70 qu’entre les 7000 agents de la Métropole ! Du coup, l’agence est souvent une sorte de pont faisant circuler l’information et les éléments de politiques publiques d’un service à l’autre d’une même collectivité !. Une première partie de mon travail, consiste donc à me tenir informé.

Mais la raison d’être d’une agence est avant tout l’observation territoriale, c’est à dire produire des études, de la cartographie, des données, etc. Il faut savoir écrire et produire dans un temps cours. Le but c’est d’éclairer la collectivité-partenaire dans sa prise de décision. La collectivité a des attentes mais l’agence peut aussi être force de proposition. Elle peut ainsi décider de travailler sur un thème qui, selon elle, prend de l’importance ou est amené à en prendre. C’est un travail de prospective dans lequel on se demande « Comment vivra-t-on sur ce territoire dans 15 ans ? » C’est à la fois passionnant et frustrant. Passionnant car les problématiques sont diverses et que l’on a une grande liberté d’étude et de diagnostic. Frustrant car il faut être prêt à travailler en sachant que nos questionnements sont parfois loin d’être ceux des élus.  J’interviens donc dans la production d’études, essentiellement pour le compte de la Métropole Aix-Marseille-Provence.

L’agence joue aussi un rôle d’animation, d’organisation d’ateliers de travail et de dispositifs  de concertation. Les collectivités sont de plus en plus en recherche de participation, par exemple avec les conseils de développements (une assemblée de citoyens). En même temps, elles n’ont pas forcément le personnel ou les compétences pour animer les exercices de concertations. Des membres de l’agence d’urbanisme interviennent donc parfois en renfort sur ces questions.

Enfin, je travaille sur les enjeux « grandes échelles » pour l’agence, comme l’aménagement du territoire régional, et notamment le SRADDET de la région PACA, document de planification allant s’imposer aux SCOT et PLU(i) des territoires (sur lesquels d’autres personnes de l’agence travaillent). Pour cette mission, on travaille presque comme un bureau d’études, pour le compte de la Région.

Certaines missions font un peu penser au travail des consultants

C’est complètement vrai ! Par certains côtés, le travail en agence d’urbanisme et en bureau d’étude se ressemblent. Mais il existe quand même des différences assez nettes.

Un bureau d’étude propose une expertise pointue, acquise à la longue en ayant répondu à des appels d’offres de même nature, émanant de multiples collectivités. En gros il travaille sur quelques domaines, documents programmatiques précis, outils d’animation… et va vendre son expérience et son savoir-faire à Lille, à Toulouse ou encore Marseille.

A l’inverse, une agence d’urbanisme est ancrée dans un territoire. Elle fonctionne avec un programme annuel et a aussi vocation à porter une forme de « mémoire » territoriale. On est plus dans une gestion du temps long, qui nécessite par exemple de se souvenir (ou plutôt de savoir où aller rechercher) ce qui a été produit il y cinq ans. C’est d’ailleurs un des aspects qui m’intéresse particulièrement puisque c’est ainsi que l’on voit comment les problématiques et questionnements évoluent (ou au contraire n’évoluent pas !), et que l’on peut réellement apporter un éclairage complémentaire / alternatif pour une décision publique.

Enfin, le rapport à la collectivité n’est pas non plus le même. Le bureau d’études est un prestataire de service pour lequel la collectivité est un client. Même si l’agence d’urbanisme reçoit des subventions de la collectivité, elle ne se positionne pas de la même manière : elle se définit avant tout comme « partenaire » des collectivités membres de l’agence, même s’il est vrai que certaines nous considèrent de fait comme des prestataires de services.

Selon toi, quelles sont les qualités importantes pour travailler en agence d’urbanisme ?

Là où je suis positionné, il faut à la fois des capacités rédactionnelles et une maîtrise des outils (carto, SIG). Le but de l’agence d’urbanisme est de produire de l’information, qu’elle soit rédigée, cartographique ou statistique. Or pour qu’un message soit bien reçu il est essentiel qu’il soit bien présenté. Il faut pouvoir rendre des productions qui soient synthétiques, claires, et parfois sur un temps court.

A mon avis il est aussi très important d’aimer lire et d’avoir une bonne culture urbaine. C’est essentiel pour travailler en agence d’urbanisme, percuter rapidement lors d’une commande pour mobiliser de bons exemples dont on a pu entendre parler ailleurs.  De manière plus générale, cela semble important lorsque l’on sort de l’école avec un profil comme le nôtre, peu importe l’emploi que vous envisagez d’occuper.

Enfin je dirais qu’il faut être tenace dans les idées que l’on veut faire passer. Je l’ai déjà brièvement abordé, mais le travail en agence d’urbanisme peut parfois être très frustrant. Certains élus pour lesquels l’on travaille peuvent être particulièrement bornés, pour ne pas dire autre chose… et tout l’argumentaire technique, aussi construit soit-il, se heurte aux multiples autres contraintes qu’ils ont. Alors que l’agence d’urbanisme se place sur le temps long, beaucoup d’élus réfléchissent à l’échelle du mandat, de la réélection. Or les projets les plus importants à mener ne sont pas forcément ceux qui sont les plus visibles ou valorisés au court terme par l’électorat. Parfois, je propose plusieurs solutions, dont une qui me parait clairement meilleure mais au final, c’est l’élu qui prend la décision, ou le technicien au sommet de l’administration. Il faut parfois « avaler des couleuvres », se sentir seul avec l’impression que les dossiers que l’on porte n’avancent pas, ou qu’on est les seuls à les porter. Mais si l’on voit le bon côté des choses, être proche des acteurs d’un seul et même territoire permet toujours un échange sur le temps long. Et il y a aussi un challenge important à essayer de convaincre.

Si tu avais un conseil à donner aux étudiants actuels pour finir, quel serait-il ?

Ce serait de se faire plaisir sur les sujets que vous voulez investir dans vos travaux de master. On est toujours meilleur lorsque l’on produit sur un thème qui nous plait. A l’Ecole Urbaine, vous avez la chance d’avoir souvent une grande liberté dans les thèmes de paper, mémoire, notes de lectures,  profitez-en ! Vous aurez parfois l’occasion de les excaver au début de votre vie professionnelle, lors d’un moment de panne d’inspiration !

Ce serait aussi de développer votre culture urbaine par tous les moyens ; la marche en est un. Rien qu’en région parisienne, il est assez facile de déambuler et en prenant le RER ou le train on peut assez facilement découvrir de nouveaux terrains.

Enfin ce serait de ne pas avoir peur d’aller regarder ce qu’il se passe dans les plus petites villes. Il n’y a pas que les métropoles qui vous attendent !


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