Propos recueillis par Lise Patron

Bonjour Léa, Pour commencer, peux-tu nous faire un petit rappel de ton parcours et des raisons qui t’ont menée au master STU ?

Après le bac, j’ai étudié au Collège Universitaire de Sciences Po, sur le campus de Paris, avant de réaliser ma 3A à l’Université de Copenhague. J’ai ensuite choisi le Master STU car il me permettait d’aborder les politiques publiques au niveau local. A ce moment là j’avais la conviction que c’est à ce niveau que l’on peut changer les choses et faire évoluer la situation au service des citoyens. J’étais également particulièrement intéressée par le projet collectif et le stage en ce qu’ils ajoutaient une dimension très professionnalisante au master.

Tu mentionnes ton projet collectif : où l’as-tu réalisé et qu’y as-tu fait ?

J’ai réalisé mon projet collectif pour l’Agence Nouvelle des Solidarités Actives (ANSA) qui est une association dont le fonctionnement est assez similaire à celui d’un cabinet d’études et de conseil. Il s’agissait pour notre groupe de 4 étudiantes de proposer une analyse des stratégies mises en place par les Conseils Départementaux en matière d’action sociale et ce dans un contexte de diminution des dotations de l’État et de l’augmentation de leurs dépenses. Nous avons réalisé une typologie des stratégies mises en oeuvre par les Conseils Départementaux en fonction de leurs dépenses obligatoires et des dispositifs facultatifs qu’ils mettent parfois en place, pour comparer leurs manières de s’adapter dans le contexte contraint qui était le leur. A partir d’entretiens quantitatifs et d’une enquête qualitative nous avons rédigé un rapport d’études et une vingtaine de pistes d’actions à destination de l’ANSA pour améliorer son offre de service adressée aux collectivités en charge de l’action sociale

Et ensuite ? Comment as-tu trouvé ton stage, où l’as-tu réalisé et qu’y as-tu fais ?

Après cette expérience de projet collectif et mes deux ans dans le master, je souhaitais travailler sur les politiques liées à l’éducation, au sens large. En en parlant avec mes camarades de promotion, deux d’entre eux ont parlé de mon envie à une ancienne STU présente lors d’une session de networking. Cette professionnelle, qui travaillait pour le cabinet de conseil Plein Sens, m’a alors recontactée et proposé un stage adapté à mes envies. Il s’agissait de participer aux activités du cabinet liées à l’enseignement supérieur et à la recherche, notamment pour renforcer l’expertise de l’entreprise sur la thématique. Durant six mois, j’ai effectué beaucoup de recherche documentaire, de notes d’enjeux et participé à des réponses à des appels d’offres afin d’élaborer la position et la stratégie du cabinet sur ces questions. J’ai également exercé un appui au travail des consultants auprès d’universités (et notamment de leurs équipes présidentielles) qui sollicitaient nos compétences afin de définir leurs stratégies d’établissement (aide à la décision). Même si les politiques d’enseignement supérieur ne sont pas beaucoup abordées au sein du Master STU, je me suis appuyée sur ma solide connaissance des collectivités territoriales, qui ont des modes de gouvernance assez semblables aux universités, et la transition s’est bien déroulée. Cela m’a de plus permis d’acquérir une expertise un peu « originale » pour une STU, mais aussi de découvrir les activités du secteur du conseil et des études.

Et après le Grand Oral, qu’as-tu fait ?

Après le Grand Oral, j’ai cherché un emploi pendant environ six mois. Durant cette période, j’ai réalisé des entretiens avec des anciens STU notamment afin de préciser mon projet professionnel, et prendre conseil auprès d’eux (ex : comment négocier son salaire). En effet, malgré l’apport du projet collectif et du stage, j’avais encore des difficultés à cerner les domaines mais aussi les structures dans lesquels je souhaitais exercer. Je voulais continuer à travailler en lien avec l’enseignement supérieur afin de conforter ma légitimité sur ce sujet précis, et j’ai réalisé notamment plusieurs candidatures spontanées à destination des grandes métropoles, actives sur cette thématique notamment en lien avec les problématiques de développement économique. Etant parisienne, je me suis posé à ce moment là la question de quitter Paris, et j’y étais prête. A mon sens, il est vraiment important de se poser cette question, car il faut y être prêt mais de très nombreuses excellentes opportunités existent hors d’Ile-de-France ! Après avoir passé plusieurs entretiens, j’ai trouvé en janvier 2016 un emploi de Chargée d’études à la Direction du Développement de l’Université Paris-Est Créteil. Au sein de ce service administratif et politique, j’étais en charge de produire des outils d’aide à la décision (notes d’arbitrage, argumentaires et préconisations, études…), de répondre à des appels à projets et de réfléchir au positionnement stratégique d’une des universités franciliennes J’ai ainsi pu développer des compétences de gestion de projet en réalisant un appui au pilotage et à la coordination des projets stratégiques de l’établissement. Quelques mois après mon embauche, la présidence de l’université a changé ce qui a remis en cause les objectifs et caps précédemment établis. Faute de missions intéressantes, j’ai décidé de changer de travail… Dans ma recherche d’emploi, j’ai favorisé un poste intéressant avec des activités variées et stimulantes, plutôt qu’une orientation thématique.

Et aujourd’hui ?

Grâce à une offre publiée sur la Bourse interministérielle de l’emploi public (BIEP), j’ai alors trouvé en décembre 2016 mon emploi actuel au sein de la Délégation Interministérielle à l’Hébergement et à l’Accès au Logement (Dihal). Il s’agit d’un service du Premier Ministre, rattaché fonctionnellement au Ministère de la Cohésion des territoires et des relations avec les collectivités territoriales. Je trouve que c’est une structure intéressante dans laquelle travailler. Il s’agit d’une entité de l’administration centrale d’Etat, mais avec un fonctionnement beaucoup plus souple : elle est composée d’une équipe d’une trentaine de personnes, et la structure hiérarchique est peu marquée. Dans mon poste, il s’agit de mettre en place des politiques transversales afin d’améliorer l’hébergement et l’accès au logement des personnes sans-domicile. Nous travaillons avec de nombreux partenaires (administrations centrales, services déconcentrés de l’Etat, collectivités territoriales, associations, bailleurs sociaux…). En ce qui me concerne, je suis cheffe de projet Hébergement-Logement au sein du pôle Hébergement et Accès au Logement, en CDD (Contrat à Durée Déterminée) de trois ans, renouvelable une fois. Je suis notamment en charge du pilotage et du suivi du Plan de réduction du recours aux nuitées hôtelières, du Programme d’humanisation des centres d’hébergement, du développement de pratiques innovantes d’accompagnement telle que la pair aidance, et des questions relatives à la participation des personnes hébergées et accompagnées. Je suis aussi en charge de l’élaboration, du suivi, de la territorialisation et de la mise en oeuvre du Plan quinquennal pour le Logement d’abord et la lutte contre le sans-abrisme. Mes missions au quotidien : organiser et animer des réunions de travail et comités de pilotage, rédiger des notes diverses, notamment d’arbitrage, réaliser une activité de veille et de prospective sur le champ, travailler en réseau avec de nombreux partenaires très divers, participer à l’activité réglementaire et législative sur le sujet, animer un réseau de collectivités (rédaction de newsletter et d’un extranet, échanges réguliers avec les services techniques des collectivités, animation de journées d’échanges entre territoires…), modélisation et réflexion pour l’amélioration des politiques d’accès au logement des personnes sans-domicile.

La politique d’accès au logement des sans-domicile est au coeur de ton métier : pourrais-tu nous en dire un peu plus ?

En effet, suite de l’élection d’Emmanuel Macron, il y a eu une volonté de réformer le secteur de l’hébergement et de l’accès au logement des personnes sans-domicile, ce qui a conduit mon équipe à élaborer et mettre en place un Plan Logement d’Abord. Nous avons donc réalisé une grande concertation des acteurs du secteur, puis rédigé avec d’autres administrations les 60 mesures de ce plan qu’il s’agit maintenant de mettre en oeuvre. Nous avons aussi choisi de territorialiser cette politique afin qu’elle ne soit pas descendante et implique les collectivités locales : nous travaillons en particulier avec 23 collectivités territoriales volontaires et engagées dans le cadre d’un Appel à manifestation d’intérêt.

Comment imagines-tu ta future carrière ?

Actuellement, je réfléchis à passer les concours administratifs (INET, ENA, administration hospitalière et pénitentiaire). J’aurais en effet bientôt la possibilité de les passer en interne (4 ans de fonction publique). De fait, dans la fonction publique, le statut de contractuel devient rapidement un frein à l’évolution des carrières. Je m’étais déjà interrogée sur l’opportunité de passer les concours à la sortie du Master STU. Même si le fait est que passer des concours quand on est déjà dans le monde du travail est un peu plus compliqué, je crois que je suis désormais plus déterminée pour le faire car je sais que travailler dans la fonction publique me plait. Pour le moment, je reste à la Dihal !

Que t’as apporté le master STU ?

Ce que je retiens du master STU, c’est d’abord une très bonne ambiance collective, ce qui est important au vu des nombreux travaux de groupes que l’on doit réaliser. J’ai beaucoup apprécié de pouvoir travailler avec des gens qui avaient des parcours et des opinions très différents des miens. Je pense que le master nous apporte également une culture du niveau local et des connaissances fines des jeux d’acteurs qui sont très valorisées par la suite. De manière générale à Sciences Po, on apprend à analyser et à réfléchir vite, et à s’adapter à de très nombreux sujets rapidement, des compétences très importantes pour la suite.

Enfin aurais-tu un conseil à donner aux étudiants actuels ?

On passe une grande partie de notre vie au travail : il est donc important de choisir un poste stimulant et en accord avec nos valeurs ! Pour les étudiants qui sont tout juste diplômés, je dirais qu’il ne faut pas vous sous-estimer durant la recherche d’emploi : on apprend très vite, et en faisant !

Suivez vos intuitions, vos convictions, et vos envies !