D’Agro Paris Tech à Sciences Po, un parcours axé sur l’aménagement durable et l’Urbanisme Favorable à la Santé

Propos recueillis par Lise Patron

Bonjour Fanny, pour commencer, peux-tu nous faire un petit rappel de ton parcours et des raisons qui t’ont menée au master STU ?

J’ai intégré l’Ecole d’ingénieur AgroParisTech après 2 ans de classe préparatoire pour me former sur les questions environnementales. Ce cursus m’a permis d’aborder l’aménagement territorial tout en restant relativement centré sur les aspects de développement durable. A l’issue de ma deuxième année et d’une césure, j’étais très intéressée par l’objet « ville » et me suis donc tournée vers le double diplôme entre l’Agro et SciencesPo afin d’en découvrir davantage et de compléter ma formation, notamment au sujet de la gouvernance des territoires et des dimensions économiques et socio-politiques.

Comment s’est déroulée la transition entre AgroParisTech et Sciences Po ?

Avant d’intégrer le master j’avais peur de ne pas avoir assez de culture générale en sciences politiques, et que cela ne me pénalise pour suivre la formation. Au final dans le cadre de chaque cours les enseignants reprennent les bases, il n’y avait pas tellement de prérequis, et la transition s’est déroulée sans problème.

Et ensuite ? Comment as-tu trouvé ton stage, où l’as-tu réalisé et qu’y as-tu fais ?

Dans le cadre de mon diplôme d’ingénieur j’avais déjà réalisé deux stages dans le domaine de l’aménagement : le premier dans une agence d’architecture, au sein de laquelle j’ai réalisé une Approche Environnementale de l’Urbanisme (AEU) sur un projet d’aménagement, et le second sur un projet de recherche académique dans un institut de géographie sur l’impact de l’urbanisation envisagée d’un espace naturel sur les services écosystémiques qu’il rendait à la population locale (impact social et îlot de chaleur urbain).

A la fin du master STU, j’ai recherché un stage en aménagement/environnement mais cette fois du côté de la maîtrise d’ouvrage. A l’occasion d’une rencontre dédiée aux stages organisée par l’École Urbaine j’ai échangé avec plusieurs professionnels, dont un issu de l’EPA (établissement public d’aménagement) Plaine de France (qui a fusionné avec Grand Paris Aménagement depuis). Les deux postes pour lesquels il recherchait des stagiaires, plus opérationnels et pas tellement orientés sur les enjeux environnementaux, ne m’intéressaient pas directement, mais il m’a redirigée vers ses collègues de la Direction de la Stratégie et du Développement, qui m’ont recontactée pour un stage de chargée d’études aménagement durable. Ces six mois m’ont offert une vision globale sur les missions de l’établissement. J’ai été mobilisée à l’échelle du grand territoire, notamment sur les réflexions autour des trames vertes et bleue (échelles locales et du grand territoire) et du schéma agricole du Grand Roissy. Autour de l’aéroport Roissy Charles de Gaulle, les terrains (encore en grande partie agricoles) sont soumis à une très forte pression foncière, ce qui pose des enjeux politiques et de gouvernance pour conserver une activité agricole fonctionnelle. J’ai donc oeuvré à la mise en place d’une charte qui a été signée par les différents acteurs locaux (élus, institutionnels, associations, etc.), et ai trouvévraiment intéressant d’assister aux jeux d’acteurs, souvent très politiques, entre eux. J’ai également accompagné les collectivités dans le montage de projets d’aménagement durable sur des sujets variés (énergie, déchets, mobilité…) et répondu à leurs côtés à des appels à projet (TEPCV, vile durable). Enfin, j’ai participé au pilotage d’un projet expérimental de restauration écologique et maraîchage urbain autour d’une friche urbaine en partenariat avec le projet Nature 2050 de la Caisse des Dépôts et des Consignations (CDC).

Et après le Grand Oral, qu’as-tu fait ?

Après mon stage, j’ai souhaité continuer à travailler dans ce domaine des stratégies territoriales. J’ai envoyé des candidatures, répondu à des offres et développé mon réseau en réalisant des entretiens avec des professionnels de différents secteurs, ce qui m’a permis d’affiner mon projet et surtout d’approfondir ma connaissance des acteurs du secteur. Finalement c’est un enseignant de STU, rencontré dans le cadre de l’atelier Économie Durable, qui m’a orientée vers plusieurs bureaux d’étude ayant une bonne réputation dans ce secteur. Vizea proposait un poste pour des personnes plus expérimentées mais j’ai tenté ma chance et j’ai été embauchée afin de développer un nouveau pôle « Territoire durable » (en plus des pôles aménagement durable et construction durable existants). Cela m’a permis de toucher à des missions très variées : développer une stratégie pour le nouveau pôle (prospective, définition de l’offre et de la demande, positionnement de l’entreprise) mais aussi de répondre à des appels d’offres et de travailler sur les études remportées et au contact des clients, collectivités et institutionnels (type ADEME). Tout cela sur des sujets très variés : agenda 21, PCAET, schéma cyclable, santé environnement, schéma directeur des énergies, etc. Cela m’a vraiment donné l’occasion d’aborder les différentes facettes du développement durable à l’échelle territoire à travers des tâches variées et peu répétitives.

Et aujourd’hui ?

Lorsque j’ai déménagé en Auvergne-Rhône-Alpes, j’ai relancé mon réseau, qui était très centré sur l’Ile de France, ce qui m’a donné des contacts pour rencontrer plusieurs professionnels de la région. Ils m’ont eux-mêmes donné d’autres contacts, et m’ont surtout apporté une meilleure vision du secteur (structures embauchant plus ou moins, sujets émergents sur la région, etc.). En parallèle j’ai répondu à quelques offres dans des structures qui m’intéressaient, dont une pour le centre d’échange et de ressources Ville et aménagement durable (VAD), qui ne correspondait pas totalement à ce que je recherchais puisqu’elle était plus axée vers la construction et la santé/environnement. J’ai précisé dans ma lettre de motivation que j’étais également très intéressée par les volets aménagement et territoire durable, ce qui ressortait également dans mon CV. Il s’avère que la structure était intéressée par quelqu’un de compétent dans ce domaine mais ne l’avait pas mentionné dans l’offre. Mon réseau m’a aussi aidée puisqu’un membre de VAD a échangé sur ma candidature (sans que j’en aie eu connaissance) avec une personne de mon réseau, qui m’a recommandée. C’est donc là que je travaille actuellement. Il s’agit d’animer le réseau des professionnels de la région et de les accompagner afin de promouvoir des pratiques de construction et d’aménagement en adéquation avec le développement durable. On travaille ainsi avec de nombreux acteurs : élus et services des collectivités (région, villes, intercommunalités), aménageurs, bureaux d’étude, promoteurs, architectes et urbanistes. Pour ma part, j’anime trois groupes de réflexion : « Santé et Bâtiment », « Santé et aménagement » et « Plateforme prospective Habiter aujourd’hui et demain en Auvergne-Rhône-Alpes ». Je participe également à l’organisation d’ateliers (« Comment prendre en compte les enjeux de santé des futurs occupants en phase chantier ? » « Comment améliorer la qualité de l’air intérieur dans les crèches et les écoles ? » « Comment améliorer l’implication des usagers dans la Fabrique de la ville ? »), de visites d’opérations exemplaires, à la production de livrables ou d’outils, comme un jeu sérieux pour repenser les métiers et processus de la chaîne aménagement dans une perspective de développement durable, etc.

La santé a l’air d’être au coeur de ton métier actuel. Comment s’articule-t-elle avec l’objet-ville ?

Il s’agit d’envisager la santé telle qu’elle est définie par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), à savoir un état de complet bien-être de l’individu (physique, social, mental). Ce bien-être peut être influencé par beaucoup de facteurs, et nombre d’entre eux sont directement en lien avec la construction et l’aménagement. Même si l’Urbanisme Favorable à la Santé (UFS) et les Evaluations d’Impact sur la Santé (EIS) tendent à se développer récemment, ce sont des sujets qui sont encore très innovants et peu abordés par les acteurs de l’aménagement alors qu’ils ont des conséquences très importantes dans la vie quotidienne (en lien avec la mobilité, les pollutions, la présence d’espaces verts, la création de lien social mais aussi au confort acoustique et aux problématiques engendrées par les îlots de chaleur urbains). Ce sont des axes qui sont également présents au sein de l’habitat puisqu’il s’agit se questionner le choix des matériaux, du mobilier, des moyens d’aération et de ventilation, du confort acoustique et hygrothermique, (confort d’été/confort d’hiver) et de qualité de l’air intérieur. La santé est un angle d’approche qui permet d’adresser quasiment tous les enjeux du développement durable, pour ne pas dire tous, dans une démarche transversale, et qui est généralement assez consensuel.

Comment imagines-tu ta future carrière ?

Mon emploi actuel est extrêmement varié et porté sur l’actualité. En effet, je travaille en collaboration avec de nombreux acteurs et sur de multiples sujets. Je suis dans une position de veille sur les innovations, mais aussi de production de contenus à destination du réseau. Et il y a beaucoup à faire car de nombreux sujets ne sont pas encore traités par les acteurs de la ville : il s’agit de les explorer afin que la société civile s’en saisisse. Pour l’instant, je compte donc poursuivre mon travail au sein de cette structure.

Que t’a apporté le master STU ?

STU m’a aidée à explorer de nombreux sujets, notamment les questions liées à la gouvernance urbaine. Je pense que la force des enseignements provient du libre choix des sujets de dossier à réaliser, ce qui permet d’approfondir les thématiques qui nous tiennent à cœur. Ce master et le projet collectif nous enseignent aussi des méthodes de travail qui sont valorisées sur le marché de l’emploi.

Enfin aurais-tu un conseil à donner aux étudiants actuels ?

Je leur dirais de ne pas hésiter à contacter des professionnels tout au long de leur parcours, non pas pour leur demander un emploi ou un stage, mais pour se renseigner sur ce qu’ils font, commencer à créer des contacts. En ce qui me concerne, ces rencontres m’ont aidée à m’orienter et ont ouvert des opportunités décisives dans mon parcours.

Ensuite, je leur dirais de ne pas avoir peur de manquer d’expérience ou de compétences à la sortie du master, on apprend en faisant, et on n’arrive pas seul dans un nouveau travail mais entouré par une équipe.

Je leur conseillerais donc de ne pas se limiter à la zone de confort de ce qu’ils connaissent et savent faire et d’aller tout de suite vers les missions et les domaines qui les attirent le plus !